La société est tel un train, les hommes des passagers.
Dans le train, la nourriture abonde, elle est servie à même la bouche.
Les passagers n'ont pas l'ombre d'une réflexions à esquisser, l'infrastructure a été pensée pour leur faciliter la vie. Ils peuvent rire ou s'émouvoir grâce aux programmes TV proposés par le
train et ne troqueraient leurs confortables places pour rien au monde...
Voyant par la fenêtre le paysage se dégrader au court du trajet, quelques curieux demandent :
"Où allons-nous?"
"Taisez-vous et regardez la télé !" répliquent souvent les autres passagers.
Ils s'y replongent.
Des programmes vantent les mérites du train, d'autres sollicitent une rénovation des wagons de 2ème classe, mais aucun ne parle de ce qu'il y a hors du train...
Alors, les curieux ouvrent la vitre et se penchent pour mieux observer.
Et soudain, ils aperçoivent l'imperceptible...
Le train fonce vers un mur!!!
Ils tirent l'alarme, mais les autres passagers ne veulent rien entendre.
Le conducteur ne ralenti pas, et personne d'autre ne s'affole, donc pas de danger!
Et puis ce mur, ils ne l'ont pas vu...
"Pourquoi se ferait-on chier à écouter ces illuminés alors qu'on est bien tranquille devant la télé?"
Les curieux insistent :
"Le conducteur est fou!!!" "Pourquoi ne freine-t-il pas?" "Il faut le remplacer!!!"
Ils s'organisent pour informer les passagers, gagner suffisamment d'appuis pour atteindre le conducteur et l'obliger à changer de cap ou stopper le train.
Des heurts éclatent. Certains protègent le chauffeurs, d'autres veulent prendre sa place.
Et les chauffeurs se succèdent...
Mais le train poursuit sa course folle, et le mur se rapproche.
De nouvelles questions se posent alors :
"le pouvoir donné aux chauffeurs leur fait-il perdre la tête?"
Et encore une fois, les curieux découvrent le pot aux roses...
Le train est automatisé et roule sur une voie sans aiguillage!!!
Le conducteur est un imposteur!!! Pour le prestige, il simule volontiers le pilotage...
Ceux qui ont programmé le train et l'ont privés de frein, sont mort depuis longtemps!!!
Certains se révoltent!!! Certains dépriment...
Certains haïssent le train et noient leurs détresses dans l'idée qu'il s'écrasera avec eux!!!
Certains font comme si de rien était et retournent regarder la télé pour oublier le mur...
D'autres ont compris que lutter dans le train, c'est aussi le servir.
Ils s'interrogent sur leur présence à bord. Ils n'ont pas pris de billet...
Une place est réservée dès leur naissance.
Ils comprennent que la sécurité et les facilités que leur a apporté le train ne valait pas la liberté de choisir leurs propres routes...
Et qu'au rythme de marche, ce mur, ils ne l'auraient jamais atteint...
Ils regrettent d'avoir pu se contenter de regarder défiler ce qu'on voulait leur montrer du monde à travers une vitre.
Et là, comme réveillés par les premiers rayons du jour, ils s'écrient :
"Il faut du sauter du train!!!"
"Le train n'a aucun pouvoir sans passagers!!!" "Notre présence est son carburant!!!"
Ils en viennent même à remercier le mur. Sans lui, ils se serait probablement vautrés dans le train jusqu'à la fin des temps...
Parce que les oisillons ont rendez-vous avec le ciel, ils sautent du nid douillet qui les en séparait...
Et si le réveil avait pris quelques années de moins, si les instincts et les facultés leur permettant de se passer du train n'avaient pas été réduit à néant,
si le train n'avait pas irrémédiablement stérilisé le monde sur son passage, ils auraient probablement survécu...
La pire dictature, c'est celle qui se fait passer pour une démocratie...